Ses usages

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Le chengal est un arbre qui, par ses qualités chimiques et mécaniques, résiste particulièrement bien aux insectes et à la décomposition. Dans un pays tropical comme la Malaisie, ces propriétés sont justement valorisées et c’est pourquoi l’on trouve quantité d’usages du chengal : les maisons en bois traditionnelles, tout d’abord, avec leurs décorations et accessoires, mais aussi les bateaux, les traverses de voies ferrées, les poteaux électriques, débarcadères, ponts,… On a même retrouvé des moules à biscuits rituels en chengal datant du XIXe siècle. Respecté sans être pour autant vénéré, le chengal mérite le surnom qui lui est donné localement de "king of wood", roi des arbres !

Dans la plus grande partie de la Malaisie péninsulaire, les maisons traditionnelles étaient faites en chengal. Parmi les anciennes maisons, ce sont les seules qui ont résisté d’ailleurs ! Si la maison entière coûtait trop cher, le chengal était utilisé au moins pour les pilotis, la structure principale, et le plancher. Un autre bois était alors utilisé pour faire les murs. Les palais des sultans étaient composés de plusieurs maisons en chengal : une maison pour dormir, une pour recevoir, une pour manger, une pour les invités,…
Ces maisons traditionnelles étaient construites sur pilotis, d’une part pour éviter les débordements d’eau en cas de pluies importantes, d’autre part pour pouvoir effectuer à l’ombre un certain nombre de tâches quotidiennes, enfin pour se protéger des animaux sauvages. Certains pilotis étaient d’ailleurs assez hauts pour laisser passer des éléphants.
Il est raconté que les éléphants aimaient beaucoup se frotter contre les pilotis en chengal, assez résistants pour ne pas s’écrouler sous l’effet de leur poids !

Autrefois, il fallait des années pour fabriquer une maison. Le chengal était coupé, tiré jusqu’au fleuve par des buffles, puis flotté jusqu’au point d’arrivée où des buffles (ou des éléphants pour les sultans) le transportaient jusqu’au lieu de construction de la maison. Il fallait ensuite le faire sécher, ce qui pouvait prendre de six mois à plusieurs années, puis le travailler et enfin assembler la maison. Certains témoignages estiment entre six et dix ans le temps qui était nécessaire à la construction d’une maison. Moins s’il s’agissait de la maison d’un chef de village ou d’un sultan !

L’avènement des machines est venu en même temps que le goût pour les maisons en briques ou en béton, qui dès lors pour des questions de coût, de rapidité de construction, et de "mode" ont supplanté la maison traditionnelle en bois. Celle-ci n’intéresse plus que de rares passionnés… et les touristes !

Les maisons traditionnelles sont construites sans clous, juste par un système d’assemblage. De ce fait, il est possible de démonter complètement une maison et de la réassembler entièrement dans un autre lieu. C’est d’ailleurs ainsi que procèdent les musées et les hôtels de luxe, les seuls intéressés à préserver le patrimoine architectural. Certains ont acheté à des villageois ou à des sultans des maisons vraiment magnifiques ! Ainsi cet homme habitant près de Kuala Terengganu a acheté il y a quarante ans la maison "salon" d’un sultan, qui souhaitait un palais plus moderne, pour seulement 5 000 RM (soit un peu plus de 1 000 euros). Pour restaurer les vieilles maisons, les nouveaux propriétaires rachètent aussi parfois des maisons en très mauvais état pour en faire des pièces détachées. Le chengal neuf est utilisé en dernier recours, car son prix a beaucoup augmenté.

Les ornements des maisons sont aussi en chengal : tuiles décoratives, panneaux sculptés servant à ventiler les maisons, balustrades,… D’autres panneaux sculptés représentant des formules religieuses ou des motifs traditionnels servaient à protéger les maisons contre les influences néfastes ou les accidents. D’ailleurs ceux-ci sont encore utilisés de nos jours.

Une maison en chengal coûte très cher, mais un panneau ou un meuble est plus abordable, et le chengal permet de fabriquer des objets très durables, qu’ils soient utilisés en extérieur ou en intérieur. Portes, barrières, bancs, mais aussi lits, tables, chaises, armoires. Ces meubles n’existaient pas auparavant : les Malais utilisaient juste un coffre pour ranger les vêtements et les ustensiles de cuisine. Ils mangeaient par terre et dormaient directement sur le plancher des maisons, avec un matelas en paille. Les influences chinoise et occidentale ont rendu ces accessoires indispensables.

Ces pièces restent chères, mais ce n’est pas uniquement à cause de la rareté de la matière première. Les sculptures sont faites à la main, surtout celles en "3D", selon l’expression d’un fabricant.
Pour les rendre accessibles à un plus grand nombre, il définit trois catégories de sculpture : la sculpture en "2D" dessinée au pochoir et découpée à la machine, la moins chère, la sculpture en "3D", entièrement sculptée à la main, et la "2,5 D", un hybride composé de panneaux "2D" superposés pour donner un effet de "3D" !

Enfin, certaines sculptures sont de véritables œuvres d’art. Le chengal est alors apprécié par l’artiste pour ses qualités de durabilité : en effet, un artiste souhaite que son œuvre soit visible le plus longtemps possible… question d’ego m’a dit l’un d’eux ! Alors entre sculpter un bois qui disparaîtra au bout de quinze ans ou le chengal qui bien entretenu peut durer des centaines d’année, le choix est vite fait ! C’est d’ailleurs important pour le patrimoine culturel.
D’après Mr Lee, passionné du chengal, cet arbre est lié à la mémoire de la Malaisie. Si les sculptures des siècles passés n’avaient pas été en chengal, les Malaisiens n’auraient rien su de nombreuses traditions, du mode de vie à l’architecture, et même de la biodiversité des différentes époques, représentée sur les panneaux à motifs floraux. Tout autre bois aurait pourri. Ces panneaux sculptés sont les "livres d’histoire" de la Malaisie. Le chengal raconte les racines bouddhiques et hindoues des Malais, puis l’arrivée de l’Islam. Il raconte aussi l’intégration de toutes ces cultures.

Le chengal est un arbre majeur du patrimoine naturel et culturel malaisien. Il servait donc à construire les maisons et est encore utilisé aujourd’hui pour fabriquer du mobilier, les artistes le plébiscitent, et ses propriétés sont encore plus étendues ! En effet, il résiste aussi bien à l’eau douce qu’à l’eau de mer. Ce qui en fait un candidat idéal pour la construction des bateaux.

Les bateaux traditionnels sont fabriqués principalement sur l’île de Pulau Duyong (Ile de la sirène), aux abords de la ville de Kuala Terengganu. Il y a quelques dizaines d’années, il y avait une quarantaine de chantiers en activité. Aujourd’hui, il n’y en a plus que trois ou quatre. Le plus incroyable dans la méthode traditionnelle, c’est que le maître travaille sans plans : en connaissant la longueur et la largeur souhaitées du bateau, le maître peut composer l’ensemble sans avoir recours à des plans.

Les bateaux de pêche sont tous en chengal. Quant aux yachts et bateaux de plaisance, lorsque le bois est préféré à la fibre de carbone, c’est encore du chengal. Ce qui est devenu un luxe a un coût : sur un premier chantier nous avons observé un bateau de 75 pieds de long en construction, pour un coût total de 3,5 millions de Ringgits (presque 800 000 euros).

Sur un deuxième, un soixante pieds à 4 millions. Mais vu la rareté des commandes, ce n’est plus cet artisanat qui met le chengal en péril ! D’ailleurs, la construction de bateaux traditionnels est elle aussi menacée de disparition…

On ne sait plus vraiment comment cela a commencé : est-ce la rareté du bois, et son prix qui a augmenté en conséquence, qui ont détourné le peuple malaisien des maisons et des bateaux traditionnels ? Est-ce l’accès à d’autres matériaux plus abordables ? Ce qui est sûr, c’est que ce patrimoine culturel est directement lié à la protection du patrimoine naturel. Alors quelles sont les menaces qui pèsent sur le chengal et comment y remédier ?

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