Kuala Terengganu, 12 mars 2009

Cette nuit de récupération était nécessaire pour apprécier le programme de la journée ! J’ai regretté l’absence de Sanjit, le photographe, tout en me disant que j’allais faire un repérage et retourner dans les endroits intéressants avec lui quand il me rejoindra. Un photographe a besoin de temps pour "apprivoiser" un lieu et prendre ses photos, et vu le rythme des visites, mes gentils organisateurs, Suhaimi de Kuala Lumpur et Mansoor de Kuala Terengganu, auraient pu s’impatienter.

Première destination, Pulau Duyong, l’île de la sirène, celle qui ornait la proue des navires. Cette île est logiquement le point central de la construction de bateaux en Malaisie. Et tous ces bateaux sont faits en chengal, car il résiste aussi bien à l’eau de mer qu’à l’eau douce. D’ailleurs, avant même d’arriver sur les chantiers, on voit les planches de chengal qui sèchent au soleil, c’est très esthétique !
Puis vient le travail des hommes, assez impressionnant.
Sur le premier chantier, un bateau de 75 pieds de long en construction, pour un coût total de 3,5 millions de Ringgits (presque 800 000 euros). Sur le deuxième, un soixante pieds à 4 millions. Une commande d’état pour former des apprentis… Le plus incroyable, c’est que le maître travaille sans plans : Mr Rama, un vieux monsieur très fier, peut imaginer le plan d’un bateau juste en connaissant la longueur et la largeur souhaitées. Pas d’ordinateur, tout est dans la tête.
Mais la sirène est elle aussi en voie d’extinction : les jeunes ne sont pas intéressés par l’artisanat et la construction de bateaux en bois. Alors l’Etat tente de soutenir les quelques chantiers encore en activité, à peine 3 ou 4.

Nous avons continué les visites avec un fabricant de maquettes de bateau (en chengal), puis un autre chantier, puis, pour changer des bateaux, un fabricant de meubles.
Avant, il n’y avait pas de meubles en Malaisie, juste un coffre pour ranger les vêtements et les ustensiles de cuisine. On mangeait par terre et on dormait par terre. Les influences chinoise et occidentale ont rendu ces accessoires indispensables, alors maintenant il faut construire des lits, des armoires, des tables, des chaises,…

Après un repas comme d’habitude copieux et gras, nous voilà repartis pour une cinquième visite : l’atelier de fabrication de meubles et de sculptures de Mr Buhran. Comme il me l’a dit par la suite, heureusement que j’étais accompagnée par le MTIB qui le subventionne, parce que sinon il se méfie des ONG, trop combatives à son goût, qui ne cherchent pas à comprendre son point de vue. Alors il les évite généralement.
Mais tout s’est bien passé. C’est vrai que si à première vue il utilise une espèce menacée, en fait son action n’est pas négative, au contraire. D’une part, il utilise les chutes des tronçons utilisés par les industries plus lourdes, ce qui maximise l’usage du bois coupé. Avant, ces chutes étaient brûlées. Ensuite, il en fait un produit fini qui a de la valeur. Il donne une vraie valeur économique à l’arbre, ce qui permet de justifier l’importance de le conserver et de le gérer durablement. Comme le disait le WWF, cela évite de remplacer les forêts par des plantations d’hévéa ou de palmiers à huile très rentables.
Il m’a montré les sculptures en "2D" assistées par les machines, en "3D", plus chères car faites à la main, et en "2,5 D", un hybride !

Après une longue discussion, il a compris mes intentions, et du coup il était prêt à partager encore plus. Mes GO, fatigués, sont rentrés à l’hôtel, pendant que moi, portée par la curiosité, je l’ai suivi dans une sorte de résidence faite d’un ensemble de vieilles maisons en chengal. C’était magnifique, le lieu idéal pour une discussion philosophique sur le lien entre l’homme et la nature, notre place dans la société,… Je reviendrais avec Sanjit pour prendre des photos, la nuit était tombée et il n’y avait pas de lumière.

Je suis rentrée à l’hôtel épuisée, et il fallait encore que je travaille, mette mes notes au clair. Comme à chaque visite on nous avait offert à boire et à manger, cela ne me dérangeait pas de ne pas dîner, je n’avais vraiment pas faim. J’ai dit à Suhaimi de ne pas m’attendre, et suis partie au cybercafé consulter mes e-mails. Il devait dîner avec un de ses amis donc je n’avais pas de scrupules à le laisser seul. Lui par contre en avait… Il se sent responsable de moi et du coup, quand je suis sortie du cybercafé 1h30 plus tard, vers 22h00, Suhaimi et son ami m’attendaient pour aller manger, alors que je ne pensais qu’à dormir ! Je ne pouvais plus refuser. Après le dîner, l’ami me propose de me faire visiter la ville de nuit. J’ai décliné, tout en disant que je ne voulais pas les obliger à rentrer, je pouvais prendre un taxi. Ils ont tenu à me ramener, et bien évidemment m’ont quand même fait faire le tour de la ville (pourtant je sais dire non en malaisien…). Mais comme je me suis endormie en cours de route, ils ont fini par me déposer à l’hôtel !

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