Piura et Tumbes, 18 sept 2008

Jorge s’étant pris de passion pour mon sujet, il a décidé de m’accompagner jusqu’à la fin de mon séjour, ce qui va m’être bien utile pour certains rendez-vous... C’est donc ensemble que, fraîchement débarqués du bus à Piura, nous nous rendons au bureau de l’INRENA. Nous sommes dans la région du Palo Santo, normalement le responsable des ressources forestières devrait avoir des choses à nous dire !

Et c’est un rendez-vous qui fait du bien, car nous rencontrons un fonctionnaire intègre et militant ! L’ingénieur Elio Luis Chiroque La Rosa est en effet préoccupé par les espèces menacées, il fait son possible pour trouver des solutions, et contrer le commerce illégal. Malheureusement, il n’en a pas les moyens (lui et son équipe n’ont même pas un véhicule pour contrôler toute la région, ils sont à pied !), et si lui n’accepte pas la corruption, d’autres le font qui réduisent ses efforts à néant.
S’il essaye de réguler le commerce et refuse une licence pour l’extraction, le propriétaire forestier va demander l’appui d’un membre du congrès, ou un appui politique qui fera pression sur l’INRENA. Ils vont généralement arriver à leurs fins…

Pour délivrer une licence d’extraction, l’INRENA examine d’abord la superficie de l’exploitation, le nombre d’arbres de plus de 30cm de diamètre ou d’arbres malades (les seuls autorisés à être coupés). Enfin, ils vérifient qu’il y a un plan de gestion des ressources.
Ils ont délivré cette année trois licences pour l’exportation de Palo Santo, concernant du bois mort. Mais il n’est pas dupe, la majeure partie du commerce est clandestine.
Il faut savoir que les camions transportant le Palo Santo doivent passer par 6 ou 7 postes de police pour sortir. Etrangement, ils ne sont jamais inquiétés !

Un autre problème concerne le changement d’usage : les forêts sèches sont rasées pour être transformées en surfaces agricoles et en parcelles individuelles pour construire des habitations. C’est interdit, mais là encore, quelques dessous de table règlent l’affaire.

Pas facile de faire son travail dans ces conditions…

Nous avons repris un bus, quatre heures seulement, et avons traversé de magnifiques paysages en majorité désertiques pour atteindre Tumbes, tout au nord du pays.
Pas de répit, avant que le bureau ne ferme, nous avons directement filé à l’INRENA locale sur les recommandations de l’ingénieur de Piura.

Cette prise de contact avec Miguel Puescas Chully s’est finalement transformée en entretien fort intéressant. Mon opinion de l’INRENA est remontée en flèche aujourd’hui, car Mr Puescas était aussi un passionné de la nature, et la finalité de son travail était bien la protection de l’environnement et non l’enrichissement personnel par pots de vin !

Il voit la forêt tropicale sèche comme un capital vivant, d’où la nécessité de le protéger. Pour lui, son rôle n’est pas de réprimander la population locale, mais bien de les orienter vers la valorisation et la protection de leur patrimoine. Rien ne pourra se faire sans eux. La population ne voit pas la valeur économique de la forêt, il faut également lui faire comprendre que l’écosystème en entier en dépend, et donc finalement il y a bel et bien une valeur économique à la forêt sèche.

Il a décrit des problèmes multiples (repris dans la partie sur la plante), et à proposé des solutions, dont la plus originale est de profiter d’El Niño, le phénomène météorologique qui apporte des pluies formidables tous les 10 ans environ. Il faudrait être prêt à ce moment-là avec des kilos de semences à planter. Prochain Niño prévu en 2011, préparez les semences !
Il reste encore un peu de temps pour arriver à coordonner toutes les parties prenantes. Pas sûr pourtant que d’ici 2011 ce soit fait...

Quelle belle journée motivante : des problèmes identifiés, des solutions envisagées, des fonctionnaires motivés...
Mais je n’ai toujours pas vu de Palo Santo !

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