Ses usages

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Le Gnetum est un aliment courant dans toute l'Afrique Centrale. Et comme a dit une habitante de Franceville, au Gabon, approuvée par ses amies : "si je n'ai pas mangé du Nkumu de la journée, j'ai l'impression qu'il me manque quelque chose !". Peut-être sa ration de protéines ?

Les femmes jouent un rôle majeur dans le circuit du Gnetum, de la forêt jusqu'à la table. Comment les feuilles sont-elles récoltées ? Puis préparées ? Quels sont les autres usages et croyances locales autour de cette plante ?

 

Le Gnetum est une plante spontanée, un légume-feuille qui n'est pas cultivé, mais récolté en forêt. Les femmes savent où le trouver ! Elles le cueillent soit pour nourrir leur famille, soit pour le vendre et obtenir un revenu de complément. C’est une activité non déclarée pourtant très importante dans l’économie locale et familiale.
Quand les femmes partent en forêt, elles cueillent les rameaux feuillus, ou encore des tiges entières quand il s'agit de le vendre. Les méthodes de cueillette varient, de la plus durable, à la plus destructrice qui consiste à arracher la liane entière à partir de la racine et à couper l'arbre sur lequel la liane s'enroule.
Les femmes apportent ensuite leur récolte à des points de collecte, ou la vendent à des commerçants qui passent les prendre au village et les transportent (par pick-up, camion, train ou autres véhicules) pour la vente locale ou l'export. Une sélection est faite d'après la taille et la texture des feuilles, et est principalement déterminée par les espèces.

  

 

Pour la vente locale, les commerçants déchargent les gros sacs de Nkumu là où d'autres femmes attendent les arrivages pour ensuite les vendre au détail sur les marchés locaux. Les feuilles sont émincées avant d'être revendues.
A Franceville, au Gabon, dans la principale région où le Nkumu est consommé, les détaillantes achètent un tas de feuilles 200 FCFA (0,30 €). Elles le coupent ensuite en très fines lanières, et revendent un tas de feuilles émincées à 200 FCFA également. Un tas de feuilles entières correspond à 6 ou 7 tas de feuilles émincées.

L'éminçage du Nkumu est un geste que toutes les femmes apprennent au village dès le plus jeune âge, en voyant leur mère, leur grand-mère et les autres femmes le faire. Que ce soit pour la consommation personnelle ou pour être vendu, le Nkumu se consomme uniquement sous cette forme!

 

 

Au Gabon, le Nkumu est très marqué ethniquement : seuls une vingtaine de groupes ethniques en consomment (sur les 56 existants), parmi lesquels les Obamba et les Batéké dans le Sud-Ouest du pays. Et ceux qui en consomment le font en grande quantité.

C'est un élément indispensable du régime alimentaire, et d'une grande importance dans l'équilibre nutritionnel des populations, en particulier par son apport en acides aminés et en minéraux. Cet aliment semble particulièrement intéressant dans les régions où la viande est souvent un luxe. En effet, le déficit protéique de la ration alimentaire est l'un des problèmes nutritionnels les plus fréquents en Afrique.

Le Nkumu accompagne tous types de mets : viande, poisson fumé (sardine fumée,...), crevettes fumées, chenilles, criquets. Ou encore se suffit à lui-même, bien cuisiné dans de l'huile ou de la pâte d'arachide.

 

 

Dans les villages, les femmes préparent souvent le Nkumu ofula, ou okula, avec du "sel indigène". Il s'agit de cendres mouillées et filtrées. Le substrat recueilli est ensuite séché au soleil jusqu'à cristallisation, et donne un goût salé aux aliments.

Le Nkumu se prépare très facilement et rapidement. "Un plat pour les paresseuses" a même dit Evoli, une habitante de Franceville. Mais quand on voit les préparations des femmes du village, on se dit que ce n'est pas tout à fait vrai !
En fait, si le plat peut être élaboré, il est vrai que le Nkumu n'est plongé dans la casserole qu'à la fin de la préparation, et qu'il ne doit pas cuire plus de trois ou quatre minutes, pour rester bien vert. Dans d'autres pays, certaines ethnies attendent plus longtemps et le consomment "rouge" (bien cuit). Tout dépend des goûts et des habitudes culturelles.

Petite recette pour préparer le Nkumu aux sardines fumées et à la pâte d'arachide :
- dans une casserole, faire bouillir deux litres d'eau, avec de l'huile d'arachide (20 cl environ), et un cube de bouillon. Vous pouvez ajouter un oignon émincé.
- après quelques minutes, verser un sachet de pâte d'arachide (environ 300g) ; Attendre au moins vingt minutes.
- ajouter la sardine fumée dépiautée (poids en fonction de vos moyens), puis attendre encore quelques minutes
- Selon votre envie, ajouter des champignons, d'autres légumes comme du gombo,...
- Quand cela paraît prêt, plonger un tas de Nkumu dans la préparation, remuer et laisser cuire 3 ou 4 minutes, puis retirer du feu et servir !

Le Nkumu est donc une plante largement récoltée pour un usage alimentaire. Mais comme de nombreuses plantes locales, elle a aussi des vertus thérapeutiques.
Les usages énumérés ci-dessous ont été recueillis auprès de Gabonais, villageois, médecins traditionnels, ethno-botanistes (juillet 2010). Elle n'est pas exhaustive !

Voici donc les affections soignées par le Gnetum :
- coliques du nourrisson : plusieurs méthodes sont utilisées. Les feuilles de Nkumu sont mises à tremper une nuit dans un biberon, puis retirées le lendemain, et cette eau est donnée au bébé affecté. Une personne nous a même indiqué que dans son village, la coutume consistait à laisser pourrir les feuilles dans l'eau, avant de donner cette eau au nourrisson. Une autre recette consiste à piler ou écraser les feuilles puis les frotter sur le ventre de l'enfant.
- énurésie des jeunes enfants : la liane, dont les feuilles ont été enlevées, est attachée à la taille de l'enfant, qui la porte constamment. Quand la liane se rompt naturellement (en 3 à 7 semaines), le problème devrait avoir disparu. Si le mal persiste on réitère l'opération avec une liane fraîche.
- cicatrisation : Les feuilles sont écrasées et le jus récolté est étalé sur la coupure ou la blessure. Ou toute la pâte ainsi fabriquée est appliquée sur la blessure.
- constipation : en elles-mêmes, les feuilles de Gnetum sont un bon régulateur de métabolisme !
- maux de ventre: Faire bouillir des feuilles de Nkumu, laisser tiédir, et filtrer. A l'aide d'une pompe, injecter le liquide tiède dans le rectum.
- maladies rénales et maladies de la rate : la méthode ne nous a pas été révélée. A priori, ce serait un mélange de plusieurs plantes dont le Nkumu serait l'ingrédient principal.
- rhumatismes ou douleurs physiques : Des feuilles sont mises à chauffer puis appliquées en cataplasme.
- accouchement : Le Nkumu a la réputation de faciliter l'accouchement, soit en le frottant sur le ventre de la parturiente, soit en prenant une tisane de la liane uniquement (sans les feuilles). Dans l'Ogooué-lolo, une autre recette permet de "laver le ventre" après l'accouchement. Le Nkumu est alors préparé avec l'"aubergine amère".
- infection oculaire : Pour soigner une infection oculaire, des feuilles de Nkumu sont mises à bouillir dans une marmite, le malade se met au-dessus de la marmite et se recouvre d'un linge, puis il ouvre les yeux pour laisser la vapeur nettoyer l'œil.
- ivresse : mâcher des feuilles de Nkumu permettrait de diminuer les effets de l'alcool sur l'organisme.
D'autres affections sont citées mais les méthodes ne sont pas détaillées : hémorroïdes, hypertension, mycoses, furoncles, maux de gorge,...

Les usages médico-magiques du Nkumu sont également importants, notamment pour les populations Batéké . Dans le cadre d'un rituel, par exemple lors d'une initiation, le Nkumu permettrait d'enlever les mauvais sorts.

Par ailleurs, dans la tradition Téké, des histoires circulent sur les pouvoirs du génie de la plante. En effet, on raconte des histoires de villageoises perdues en forêt, qui après deux ou trois jours retrouvent leur chemin et apparaissent nues, avec des lianes de Nkumu autour du cou. Après cet épisode, elles ne peuvent plus manger de Nkumu. Il s'agirait d'un pacte avec le génie du Nkumu qui les aurait sauvées. De la même manière, des témoignages font état de personnes dans le coma, qui à leur réveil ne peuvent plus manger de Nkumu. Il s'agirait là encore d’un pacte.

Si ces témoignages ont été recueillis au Gabon, une étude ethno-botanique plus approfondie a été menée au Congo, et a recensé 42 vertus médicinales, dont 38 d'ordre thérapeutique et 4 d'ordre médico-magique.

Le Nkumu est donc une plante indispensable dans le régime alimentaire local, mais aussi une plante thérapeutique qui s'inscrit dans le patrimoine végétal et culturel de l'Afrique Centrale. Il paraît impensable aujourd'hui que ces populations se privent d'une telle ressource. Et pourtant, le Nkumu est menacé. Pourquoi ? Comment protéger cette plante ?

Sources :
- enquête de terrain juin-juillet 2010
- Schippers, R.R. & Besong, M.T., 2004. Gnetum africanum Welw. [Internet] Fiche de Protabase. Grubben, G.J.H. & Denton, O.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas.
- "Le koko ou mfumbu", sous la direction de F Mialoundama, édition l’Harmattan, collection Etudes Africaines

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