Libreville, 26 juin 2010

Un week-end chargé s'annonce. Ce matin, lever à 5h00 pour aller jusqu'à la carrière de Kinguélé où va se dérouler la Journée Environnement de l'entreprise Colas (travaux publics), à laquelle j'ai été conviée grâce à mes colocs qui travaillent justement pour cette société. Après trois heures de routes plus ou moins défoncées (plutôt plus sur la fin), nous sommes arrivés sur le site. Après une rapide visite de la carrière, les hommes du groupe se sont préparés pour l'activité principale de la journée, le tournoi de foot. Une meilleure façon de les intéresser à l'environnement ? Ce n’est que lors de la dernière heure de l'événement que le sujet a été abordé, notamment le braconnage, à travers un quizz sur la biodiversité, et des animations sur l’animal emblématique de la région du Parc Naturel des Monts de Cristal, le pangolin. Après une chanson joyeuse et "colorée", que les ouvriers du site et leurs familles étaient censés connaître par cœur, quelques petits messages sont passés. Par exemple, si on trouve un pangolin dans un piège, il faut le relâcher. Et là j'ai entendu une femme qui disait à sa voisine "mais non, on le mange, c'est bon le pangolin". Au temps pour la sensibilisation...

Après un retour qui s'est un peu éternisé à cause des embouteillages, je suis rentrée à la maison, juste pour me changer et repartir pour une plongée au cœur de la culture ancestrale gabonaise.
'’étais conviée à une veillée bwiti.
Cette veillée était précédée d'un rituel de "coupure de corde".
A 21h00 environ, nous avons commencé, les participants se trouvaient rassemblés dans le corps de garde, de part et d'autre de l'autel, les femmes d'un côté et les hommes de l'autre. Tout le monde chantait les chants traditionnels, accompagnés par une harpe, des crécelles et grelots divers.
Le rituel a commencé, la femme qui souhaitait se débarrasser d’une addiction (couper la corde avec son addiction) a été placée au centre, puis entourée d'une corde en liane et badigeonnée d’une mixture de plantes et divers ingrédients. Les thérapeutes ont alors commencé leur soin énergétique. Au bout de quelques heures, comme les allées et venues sont libres, j'ai pris une demi-heure pour me reposer, me sentant tout de même bien fatiguée. Je suis revenue pour la fin du rituel, impliquant un sacrifice de poule et diverses incantations. C'était non seulement intéressant, mais l'ambiance était incroyable, j'étais transportée dans un autre espace-temps. Et cela ne faisait que commencer. A 3h00 du matin, la vraie veillée a commencé. L'iboga, bois sacré utilisé par les thérapeutes, permet de tenir éveillé jusqu'au matin (voir plus), mais comme je n'en avais pris qu'une petite dose, je dois avouer que j'avais parfois du mal à garder les yeux ouverts. Pourtant c'était fantastique. Les participants s'étaient tous habillés pour l'occasion : peaux de bêtes, colliers et maquillage au kaolin blanc pour les hommes, pagnes dans les tons rouges, grelots, bracelets et divers accessoires, puis le visage passé au kaolin rouge pour les femmes. Les tambours accompagnaient les chants et les danses. Les hommes ont commencé, avec une agilité et une énergie incroyable. Puis c'était le tour des femmes. Elles s'avancent par deux ou trois au centre du corps de garde, dansent quelques instants, et reviennent à leur place pour laisser la place aux suivantes. A chaque tour, une ou deux femmes venaient me chercher pour danser au milieu, j'ai pris ma place comme les autres, sans avoir leur talent pour pratiquer cette danse. Au bout de 30 secondes de déhanchés à une vitesse qui contraste avec la lenteur de la vie quotidienne, le cœur bat à toute allure. Et il faut tenir des heures ! Durant tout ce temps, les femmes ne s'arrêtent pas de chanter et les hommes se relaient aux percussions. Peu après le lever du jour, la veillée se termine, non sans avoir remercié les esprits, et fait le tour des différents feux. A chaque fois que je profitais d'un chant en me disant que c'était le dernier, les voix reprenaient ! Nous avons fini à 7h00 du matin passées, et les Gabonais présents étaient encore en forme pour continuer. Ces jeunes gens qui paraissent désoeuvrés au quotidien sont transformés lors des rituels et sont vraiment les héritiers d'une culture et de rituels fascinants. Le bwiti est une tradition incroyablement puissante et riche de connaissances.

Difficile de retrouver le monde réel après une telle nuit, mais je suis quand même rentrée à la maison pour prendre un peu de repos. Après une semaine passée à Libreville, mon séjour a déjà été varié et riche, j'ai rencontré un grand nombre de personnes passionnantes. La recherche avance lentement mais sûrement, et au vu des contacts qui ont été pris, j'ai confiance que la semaine prochaine va être toute aussi passionnante.

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