Des solutions

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Si le Gnetum africanum est menacé en Afrique Centrale, il n'est pas souhaitable d'interdire sa récolte, même si certains pays ont dû s'y résoudre. En effet, c'est une source vitale de protéines pour certains africains, et la garante de l'équilibre alimentaire pour d'autres. Il est donc au contraire préférable de préserver ce qui existe, et de développer sa production. Voici quelques exemples de solutions pour préserver ce patrimoine végétal.

Tout d'abord, il serait bon d'encourager les récolteuses, venues des villes ou des villages, à pratiquer des méthodes de cueillette durables.

Certaines le font déjà spontanément, quand la transmission des gestes de mère en fille depuis des générations s'est faite dans le respect de l'environnement immédiat. Pour garantir la régénération de la plante, il faut d'une part éviter de déraciner la liane, d'autre part prélever uniquement les feuilles, et enfin, si possible, laisser sur la liane les jeunes feuilles, celles qui assurent la croissance.
Après une récolte raisonnée, de nouvelles pousses peuvent se développer là où la tige a été coupée ou là où les pousses latérales ont été enlevées. Des observations préliminaires indiquent qu'on peut effectuer 3–4 récoltes par an, permettant encore une repousse substantielle.

La deuxième solution pour préserver le Nkumu, qui demandera peut-être plus de temps à mettre en place, et qui pourtant est actuellement indispensable, est sa domestication et sa mise en culture.
Actuellement, des essais de domestication sont en cours. Le Cameroun a été pionnier dans ce domaine, mais chaque pays doit faire des essais pour voir ce qui conviendrait le mieux à son sol et à ses méthodes culturales.
Dans des essais au Cameroun, la multiplication par graines s'est révélée difficile car la graine ne germe pas facilement, et la germination prend un an ou plus. On suppose que les graines nécessitent un prétraitement, comme par exemple de traverser les intestins d'un oiseau ou d'autres animaux avant de germer. De plus, on ne trouve habituellement les graines que dans la canopée des arbres. La collecte des graines est loin d'être facile, autre raison pour laquelle le Nkumu n'est pratiquement pas cultivé. Le taux de réussite de la multiplication par graine est donc très bas.
Des méthodes de multiplication végétative utilisant des boutures de tiges feuillées ont récemment été mises au point. Des planches de pépinière situées à l'ombre et composées de sciure bien décomposée ou de sable fin de rivière peuvent être utilisées pour la multiplication. La bouture avec feuilles et surtout celles qui en ont deux ou trois conviennent le mieux. Un facteur de réussite du bouturage est la présence de feuilles assimilatrices sur la bouture.

Au Gabon, des essais sont en cours, et les chercheurs espèrent aboutir à la création d'un protocole de mise en culture d'ici la fin de l'année. Une fois ce protocole créé, il sera alors plus facile de le proposer et de le diffuser à la population.

Certains villageois ont déjà tenté de domestiquer le Nkumu. Par exemple, lorsqu'ils débroussaillent un coin de forêt pour créer une nouvelle plantation de manioc, ils vont conserver les jeunes lianes de Nkumu au sol, et leur fournir un support, en attendant de pouvoir se servir des plants de manioc comme tuteur pour permettre à la liane de grimper. Utiliser les plantations commerciales comme tuteur pour les lianes de Nkumu fera certainement partie du protocole à venir !

Pour la domestication de cette plante, les chercheurs insistent d'abord sur la maîtrise des modes de reproduction. Les programmes d'amélioration (sélection des espèces les plus robustes, surdimensionnement des surfaces foliaires, réduction du cycle de vie etc.) se dessineront par la suite. Pour de nombreux observateurs, les programmes d'amélioration n'auront même pas lieu d'être, puisque la variété de Gnetum qui sera plantée sera celle qui se trouvera à l'état sauvage à proximité du lieu de culture, afin de garder une cohérence dans l'écosystème, et de maintenir une bonne variabilité de l'espèce cultivée. Cette diversité permettrait d'éviter les problèmes qui se posent actuellement sur d'autres légumes cultivés. La diversité génétique rencontrée sur le terrain est considérable, et c'est une grande richesse pour chaque pays de pouvoir compter dessus. Là encore, les chercheurs des différents pays devraient coordonner leurs actions pour pouvoir constituer une base de données génétiques.

Cette coordination, et la création de groupes de travail, est d'ailleurs en cours. L'intérêt pour les PFNL (Produits Forestiers Non Ligneux*) a incité la FAO et d'autres organismes à commanditer des études sur les PFNL dont la valorisation aurait le meilleur impact pour les populations locales d'Afrique Centrale. Si le safou est arrivé en premier, le Gnetum est arrivé en deuxième. Cela garantit des retombées : crédits pour conduire des études, coordination des moyens d'actions, créations de comités d'experts, etc.
Cela permettra aussi d'inciter le gouvernement à mieux connaître et réguler le marché, tout en adoptant une réglementation juste sur la cueillette et la vente.
C'est une vraie bonne nouvelle pour la plante… et bien sur pour les populations qui la consomment et qui pourraient la cultiver !

Pour pouvoir diffuser l'information sur les méthodes de cueillette durable d'une part, et d'autre part sur les possibilités de mise en culture quand le protocole existera, il faudra s'appuyer sur les communautés villageoises. Les programmes de sensibilisation communautaires seront indispensables pour encourager la mise en pratique de ces connaissances, qui n'ont de valeur qu'appliquées sur le terrain. Cela demande un travail considérable, mais si toutes ces solutions sont bénéfiques à la plante, elles sont aussi bénéfiques à l'homme ! Réconcilier économie et écologie des espèces végétales permettra de garantir aux populations un accès continu au Nkumu pour leur propre alimentation, et la possibilité de pouvoir en tirer des revenus complémentaires sans mettre en péril la durabilité de la ressource.

D'ailleurs, dès que de nouvelles méthodes de multiplication et de culture auront été adoptées, il y aura des perspectives de développement pour le Nkumu comme nouvelle espèce cultivée. Il y a déjà une forte demande et il pourra être vendu à un prix attractif. Certaines personnes prévoient même de développer de nouveaux marchés, en observant l'émergence du commerce des aliments traditionnels transformés (conserves, surgelés,...). Un médecin conseillait même de mettre du Nkumu dans les petits pots pour bébé ! Ces nouvelles perspectives pourraient être intéressantes pour les producteurs installés dans les zones rurales qui verraient leur potentiel de vente augmenter. Ce qui inciterait d'autant plus de personnes à cultiver le Nkumu pour en tirer un revenu...
Le Pr Tabuna, qui a dirigé en 2000 une étude pour la FAO, concluait ainsi : "cette nouvelle "économie africaine", basée sur l'exportation des PFNL et de tous les savoir-faire qui leurs sont associés, devrait répondre aux principaux défis actuels de l'Afrique subsaharienne (augmentation des revenus des paysans, création d'emplois, valorisation des produits locaux, valorisation des savoir-faire traditionnels, gestion de la biodiversité, protection de l'environnement, valorisation de l'économie "informelle", etc.)".

Un large éventail de mesures est donc proposé pour préserver la plante. Les chercheurs et experts sont en bonne voie pour mieux coordonner leurs actions et en faire bénéficier le reste de la population. Si le travail de terrain, et notamment les programmes communautaires qu'il sera souhaitable de mettre en place, promet d'être considérable, les perspectives sont larges et pourront bénéficier tant à la plante et à l'écosystème qu'aux hommes qui en profitent tous les jours...

* PFNL : tous les biens et services, différents du bois d'oeuvre et ses dérivés, fournis par la forêt ou d'autres écosystèmes ayant des fonctions similaires tels que les jardins de case, les vergers villageois et d'autres systèmes agroforestiers.

Sources :
- enquête de terrain juin-juillet 2010
- Schippers, R.R. & Besong, M.T., 2004. Gnetum africanum Welw. [Internet] Fiche de Protabase. Grubben, G.J.H. & Denton, O.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas.
- "Le koko ou mfumbu", sous la direction de F Mialoundama, édition l'Harmattan, collection Etudes Africaines
- Evaluation des échanges des produits forestiers non ligneux entre l'Afrique subsaharienne et l'Europe par Honoré TABUNA, rapport de la FAO, 2000

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