Documentaire sur le Nkumu

Voici le documentaire réalisé suite à la phase de terrain de juin-juillet 2010.

Le Nkumu from Plante & Planète on Vimeo.

La plante

Gnetum africanum
Noms communs : nkumu, kumbu, koko, okok, eru, fumbua, mfumbu, okasi. De nombreux noms en fonction des dialectes et des ethnies.

Cette plante appartient à la famille des Gnétacées. En Afrique, il n’existe que deux espèces très proches, Gnetum africanum et Gnetum buchholzianum. Elles ne peuvent être distinguées avec certitude que par l’examen des fleurs des individus mâles. Au Gabon, plusieurs “variétés” sont proposées sur les marchés, en fonction de la dureté des feuilles et de leur goût : nkumu kumu, nkumu kandje (ou ondje), nkumu libi, nkumu tabac, nkumu kouere. A priori ce sont toutes du Gnetum africanum.

Le Nkumu est une liane sarmenteuse, des sous-bois de la forêt tropicale humide. Elle comprend :

un axe principal (1), doté de feuilles assimilatrices qui lui permettent de croître jusqu’à un point d’appui. Elle va alors émettre un rameau volubile. L’axe principal ne dépasse pas 30cm, et il disparaît au bout de 6 à 7 ans, laissant uniquement le rameau volubile.

le rameau volubile (2), qui s’enroule autour de son support, pouvant atteindre des dizaines de mètres de longueur. Il est muni de feuilles écailleuses. A leur aisselle se développent des bourgeons qui vont donner les rameaux dressés.

les rameaux dressés (3) produisent des feuilles assimilatrices. Ce sont celles qui sont récoltées et consommées. Les rameaux dressés ne dépassent pas 40 cm. Dans certains cas, le rameau dressé peut se transformer en rameau volubile.
Les feuilles sont opposées décussées, parfois en verticilles de 3, simples. Pas de stipules. Le pétiole fait jusqu’à 1 cm de long, canaliculé au-dessus.

Les Gnetum sont considérés comme des espèces particulières par les botanistes car elles font le lien entre les gymnospermes et les angiospermes. Elles ressemblent beaucoup à des plantes à fleurs dicotylédones (avec leurs feuilles opposées à nervation en réseau et leurs graines ressemblant à des cerises), mais ce sont en fait des gymnospermes.

Elles existent à l’état sauvage dans toute la sous-région d’Afrique Centrale. Leur aire de répartition géographique s’étend depuis le Nigéria, le Cameroun, La République Centrafricaine, le Gabon, la République du Congo (Congo Brazzaville), la République Démocratique du Congo, jusqu’en Angola.

On peut trouver le Nkumu dans la forêt humide du niveau de la mer jusqu’à 1200 m d’altitude et il lui faut une pluviométrie annuelle d’environ 3000 mm. On le trouve habituellement aux côtés d’autres plantes grimpantes sur des arbres des strates moyennes et inférieures, formant souvent des fourrés.

Gnetum africanum est principalement présent à la périphérie de la forêt primaire et dans les forêts secondaires. Aujourd’hui, il est plus commun que Gnetum buchholzianum, qui est surtout présent dans les forêts primaires.

La composition des feuilles de Nkumu est son principal intérêt pour l’homme. En effet, la teneur en protéines est particulièrement élevée, ce qui en fait un légume de choix.

Selon Mialoundama (2000), les feuilles de Gnetum africanum du Congo présentent par 100 g de matière sèche la composition suivante : 70 g d’hydrates de carbone dont 40 g de cellulose, 16,5 g de protéines, 6 g de lipides, et 7 g de cendres.

Tous les huit acides aminés essentiels sont présents dans le Nkumu. La teneur en acides aminés essentiels par 100 g de matière sèche est: 0,7 g d’isoleucine, 1,3 g de leucine, 0,8 g de lysine, 0,2 g de méthionine, 1,0 g de phénylanaline, 0,8 g de thréonine, 0,2 g de tryptophane et 0,9 g de valine.

D’après Mialoundama, les analyses d’échantillons de Gnetum africanum provenant de différents pays sont similaires.

Sources :
– Enquête de terrain juin-juillet 2010
– Schippers, R.R. & Besong, M.T., 2004. Gnetum africanum Welw. [Internet] Fiche de Protabase. Grubben, G.J.H. & Denton, O.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas.
– “Le koko ou mfumbu”, sous la direction de F Mialoundama, édition l’Harmattan, collection Etudes Africaines.

Ses usages

Le Gnetum est un aliment courant dans toute l’Afrique Centrale. Et comme a dit une habitante de Franceville, au Gabon, approuvée par ses amies : “si je n’ai pas mangé du Nkumu de la journée, j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose !”. Peut-être sa ration de protéines ?

Les femmes jouent un rôle majeur dans le circuit du Gnetum, de la forêt jusqu’à la table. Comment les feuilles sont-elles récoltées ? Puis préparées ? Quels sont les autres usages et croyances locales autour de cette plante ?

 

Le Gnetum est une plante spontanée, un légume-feuille qui n’est pas cultivé, mais récolté en forêt. Les femmes savent où le trouver ! Elles le cueillent soit pour nourrir leur famille, soit pour le vendre et obtenir un revenu de complément. C’est une activité non déclarée pourtant très importante dans l’économie locale et familiale.
Quand les femmes partent en forêt, elles cueillent les rameaux feuillus, ou encore des tiges entières quand il s’agit de le vendre. Les méthodes de cueillette varient, de la plus durable, à la plus destructrice qui consiste à arracher la liane entière à partir de la racine et à couper l’arbre sur lequel la liane s’enroule.
Les femmes apportent ensuite leur récolte à des points de collecte, ou la vendent à des commerçants qui passent les prendre au village et les transportent (par pick-up, camion, train ou autres véhicules) pour la vente locale ou l’export. Une sélection est faite d’après la taille et la texture des feuilles, et est principalement déterminée par les espèces.

  

 

Pour la vente locale, les commerçants déchargent les gros sacs de Nkumu là où d’autres femmes attendent les arrivages pour ensuite les vendre au détail sur les marchés locaux. Les feuilles sont émincées avant d’être revendues.
A Franceville, au Gabon, dans la principale région où le Nkumu est consommé, les détaillantes achètent un tas de feuilles 200 FCFA (0,30 €). Elles le coupent ensuite en très fines lanières, et revendent un tas de feuilles émincées à 200 FCFA également. Un tas de feuilles entières correspond à 6 ou 7 tas de feuilles émincées.

L’éminçage du Nkumu est un geste que toutes les femmes apprennent au village dès le plus jeune âge, en voyant leur mère, leur grand-mère et les autres femmes le faire. Que ce soit pour la consommation personnelle ou pour être vendu, le Nkumu se consomme uniquement sous cette forme!

 

 

Au Gabon, le Nkumu est très marqué ethniquement : seuls une vingtaine de groupes ethniques en consomment (sur les 56 existants), parmi lesquels les Obamba et les Batéké dans le Sud-Ouest du pays. Et ceux qui en consomment le font en grande quantité.

C’est un élément indispensable du régime alimentaire, et d’une grande importance dans l’équilibre nutritionnel des populations, en particulier par son apport en acides aminés et en minéraux. Cet aliment semble particulièrement intéressant dans les régions où la viande est souvent un luxe. En effet, le déficit protéique de la ration alimentaire est l’un des problèmes nutritionnels les plus fréquents en Afrique.

Le Nkumu accompagne tous types de mets : viande, poisson fumé (sardine fumée,…), crevettes fumées, chenilles, criquets. Ou encore se suffit à lui-même, bien cuisiné dans de l’huile ou de la pâte d’arachide.

 

 

Dans les villages, les femmes préparent souvent le Nkumu ofula, ou okula, avec du “sel indigène”. Il s’agit de cendres mouillées et filtrées. Le substrat recueilli est ensuite séché au soleil jusqu’à cristallisation, et donne un goût salé aux aliments.

Le Nkumu se prépare très facilement et rapidement. “Un plat pour les paresseuses” a même dit Evoli, une habitante de Franceville. Mais quand on voit les préparations des femmes du village, on se dit que ce n’est pas tout à fait vrai !
En fait, si le plat peut être élaboré, il est vrai que le Nkumu n’est plongé dans la casserole qu’à la fin de la préparation, et qu’il ne doit pas cuire plus de trois ou quatre minutes, pour rester bien vert. Dans d’autres pays, certaines ethnies attendent plus longtemps et le consomment “rouge” (bien cuit). Tout dépend des goûts et des habitudes culturelles.

Petite recette pour préparer le Nkumu aux sardines fumées et à la pâte d’arachide :
– dans une casserole, faire bouillir deux litres d’eau, avec de l’huile d’arachide (20 cl environ), et un cube de bouillon. Vous pouvez ajouter un oignon émincé.
– après quelques minutes, verser un sachet de pâte d’arachide (environ 300g) ; Attendre au moins vingt minutes.
– ajouter la sardine fumée dépiautée (poids en fonction de vos moyens), puis attendre encore quelques minutes
– Selon votre envie, ajouter des champignons, d’autres légumes comme du gombo,…
– Quand cela paraît prêt, plonger un tas de Nkumu dans la préparation, remuer et laisser cuire 3 ou 4 minutes, puis retirer du feu et servir !

Le Nkumu est donc une plante largement récoltée pour un usage alimentaire. Mais comme de nombreuses plantes locales, elle a aussi des vertus thérapeutiques.
Les usages énumérés ci-dessous ont été recueillis auprès de Gabonais, villageois, médecins traditionnels, ethno-botanistes (juillet 2010). Elle n’est pas exhaustive !

Voici donc les affections soignées par le Gnetum :
coliques du nourrisson : plusieurs méthodes sont utilisées. Les feuilles de Nkumu sont mises à tremper une nuit dans un biberon, puis retirées le lendemain, et cette eau est donnée au bébé affecté. Une personne nous a même indiqué que dans son village, la coutume consistait à laisser pourrir les feuilles dans l’eau, avant de donner cette eau au nourrisson. Une autre recette consiste à piler ou écraser les feuilles puis les frotter sur le ventre de l’enfant.
énurésie des jeunes enfants : la liane, dont les feuilles ont été enlevées, est attachée à la taille de l’enfant, qui la porte constamment. Quand la liane se rompt naturellement (en 3 à 7 semaines), le problème devrait avoir disparu. Si le mal persiste on réitère l’opération avec une liane fraîche.
cicatrisation : Les feuilles sont écrasées et le jus récolté est étalé sur la coupure ou la blessure. Ou toute la pâte ainsi fabriquée est appliquée sur la blessure.
constipation : en elles-mêmes, les feuilles de Gnetum sont un bon régulateur de métabolisme !
maux de ventre: Faire bouillir des feuilles de Nkumu, laisser tiédir, et filtrer. A l’aide d’une pompe, injecter le liquide tiède dans le rectum.
maladies rénales et maladies de la rate : la méthode ne nous a pas été révélée. A priori, ce serait un mélange de plusieurs plantes dont le Nkumu serait l’ingrédient principal.
rhumatismes ou douleurs physiques : Des feuilles sont mises à chauffer puis appliquées en cataplasme.
accouchement : Le Nkumu a la réputation de faciliter l’accouchement, soit en le frottant sur le ventre de la parturiente, soit en prenant une tisane de la liane uniquement (sans les feuilles). Dans l’Ogooué-lolo, une autre recette permet de “laver le ventre” après l’accouchement. Le Nkumu est alors préparé avec l'”aubergine amère”.
infection oculaire : Pour soigner une infection oculaire, des feuilles de Nkumu sont mises à bouillir dans une marmite, le malade se met au-dessus de la marmite et se recouvre d’un linge, puis il ouvre les yeux pour laisser la vapeur nettoyer l’œil.
ivresse : mâcher des feuilles de Nkumu permettrait de diminuer les effets de l’alcool sur l’organisme.
D’autres affections sont citées mais les méthodes ne sont pas détaillées : hémorroïdes, hypertension, mycoses, furoncles, maux de gorge,…

Les usages médico-magiques du Nkumu sont également importants, notamment pour les populations Batéké . Dans le cadre d’un rituel, par exemple lors d’une initiation, le Nkumu permettrait d’enlever les mauvais sorts.

Par ailleurs, dans la tradition Téké, des histoires circulent sur les pouvoirs du génie de la plante. En effet, on raconte des histoires de villageoises perdues en forêt, qui après deux ou trois jours retrouvent leur chemin et apparaissent nues, avec des lianes de Nkumu autour du cou. Après cet épisode, elles ne peuvent plus manger de Nkumu. Il s’agirait d’un pacte avec le génie du Nkumu qui les aurait sauvées. De la même manière, des témoignages font état de personnes dans le coma, qui à leur réveil ne peuvent plus manger de Nkumu. Il s’agirait là encore d’un pacte.

Si ces témoignages ont été recueillis au Gabon, une étude ethno-botanique plus approfondie a été menée au Congo, et a recensé 42 vertus médicinales, dont 38 d’ordre thérapeutique et 4 d’ordre médico-magique.

Le Nkumu est donc une plante indispensable dans le régime alimentaire local, mais aussi une plante thérapeutique qui s’inscrit dans le patrimoine végétal et culturel de l’Afrique Centrale. Il paraît impensable aujourd’hui que ces populations se privent d’une telle ressource. Et pourtant, le Nkumu est menacé. Pourquoi ? Comment protéger cette plante ?

Sources :
– enquête de terrain juin-juillet 2010
– Schippers, R.R. & Besong, M.T., 2004. Gnetum africanum Welw. [Internet] Fiche de Protabase. Grubben, G.J.H. & Denton, O.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas.
– “Le koko ou mfumbu”, sous la direction de F Mialoundama, édition l’Harmattan, collection Etudes Africaines

Les menaces

Dans de nombreuses régions des forêts tropicales, les besoins alimentaires quotidiens sont souvent satisfaits par la forêt. Les produits végétaux, comme le Nkumu, contribuent à la sécurité alimentaire des populations. Et pourtant, des villageois qui autrefois cueillaient ce légume-feuille dans les forêts bordant leur village doivent maintenant faire des kilomètres pour en trouver, ou l’acheter au marché. La plante se raréfie dans toute l’Afrique Centrale. Quelles sont donc les menaces qui pèsent sur le Nkumu ?

D’une part, les méthodes de cueillette sont pointées du doigt. Pour faire les paquets qui seront ensuite vendus, les récolteurs ne se contentent pas des feuilles mais tirent toute la liane, souvent en arrachant la racine. Et ce déracinement contribue à la disparition progressive de l’espèce, puisqu’elle ne peut pas se régénérer au même rythme qu’elle est exploitée. Parfois, ils coupent aussi le support, l’arbre, pour pouvoir tirer toute la liane au maximum.
De plus, les jeunes feuilles, les feuilles assimilatrices qui permettent la croissance de la plante, se vendent bien sur les marchés, et sont donc récoltées en priorité alors qu’il serait bien justement de faire l’inverse…

D’ailleurs, le problème viendrait surtout des personnes qui récoltent le Nkumu pour en faire le commerce, surtout quand elles viennent de la ville, et qu’elles reviennent dans les villages. D’après certains témoignages, au sein des communautés villageoises, les cueilleuses alternent les lieux de récolte afin de laisser à la liane le temps de repousser, tout au long de l’année il y a une sorte de gestion naturelle des zones de cueillette. Mais lorsque les personnes viennent de la ville, elles cueillent le Nkumu là où elles le trouvent, sans respecter cette “gestion villageoise”. C’est ainsi que petit à petit, le Nkumu ne peut pas se régénérer entre deux cueillettes, il disparaît et il faut le chercher de plus en plus loin. Il en va de même lorsque le Nkumu est récolté pour être vendu, car alors les quantités récoltées sont bien supérieures à la consommation habituelle des familles.

Il n’y a actuellement aucune consigne sur les méthodes de récolte “durable”, et aucune réglementation, même dans les Parcs Nationaux (au Gabon, une large partie du pays est classée en Parcs Nationaux)ou dans les concessions forestières dites “sous développement durable”. Cette dénomination concerne uniquement le bois et les méthodes d’exploitation du bois, et non les PFNL (Produits Forestiers Non Ligneux*). Et les concessionnaires forestiers n’ont aucun moyen de garantir que, hormis le bois, les produits de la forêt soient récoltés avec des méthodes garantissant la régénération des espèces.

Le Gnetum est une plante spontanée, sauvage. Il n’est pas cultivé actuellement, mais on assiste à une exploitation massive des populations naturelles restantes, qui ont presque disparu au Nigeria et deviennent rares au Cameroun, dans les deux Congos, au Gabon et en Centrafrique.

Si la majeure partie du Nkumu est consommée localement, les échanges commerciaux s’intensifient depuis quelques années. Des études (Chevalier, 1951) montrent que le commerce des feuilles de Gnetum se pratiquait déjà dans les années 1950 sur les marchés d’Afrique Centrale. Aujourd’hui, ce sont les échanges internationaux qui expliquent en grande partie la surexploitation du Nkumu. C’est un produit qui se vend bien, une source non négligeable de revenus dans l’économie familiale. Pour certains villageois, c’est ce qui va permettre d’envoyer les enfants à l’école. Alors puisque la demande existe, il faut la satisfaire, peu importe le coût écologique !

Certains rapports indiquent que le Nigéria importe massivement le Gnetum venu tout d’abord du Cameroun, puis de Centrafrique et du Gabon, puis que la Nigéria exporte vers l’Europe et les Etats-Unis pour satisfaire la demande des communautés africaines installées dans ces pays. Mais il y a une certaine confusion, puisqu’en France notamment, mais dans les autres pays européens, le Gnetum vendu proviendrait du Congo et du Cameroun. Localement, au Gabon, il a été difficile d’obtenir de l’information : dans la région du Haut Ogooué, à Franceville, les vendeurs pensent que beaucoup de Nkumu vient du Congo voisin. D’autres disent que le Gabon exporte son Nkumu vers le Congo. Il y a sans doute du vrai dans chaque affirmation, mais aucune allégation ne peut être certifiée sans une étude plus poussée.

C’est d’ailleurs le seul point sur lequel les avis se rejoignent : il y a un grand manque de données sur ce commerce informel, sur la valeur et le volume commercialisés et échangés des feuilles de Nkumu.
Sans ces données et sans pouvoir faire un état des lieux de la situation, comment l’améliorer ?

Le manque d’information est un problème global sur cette plante. Le Professeur Mialoundama, un chercheur qui a beaucoup travaillé sur le sujet, a regretté que la biologie traitant du cycle de vie, de la germination et de la reproduction d’une façon générale du Gnetum ait bénéficié de peu de travaux.
Jusqu’à présent, il n’y avait pas vraiment de coordination entre tous les chercheurs de la sous-région qui travaillent sur le sujet. Les efforts sont dispersés et du coup, il n’a pas encore été possible de mettre en commun toutes les avancées individuelles sur la compréhension de cette plante à tous les niveaux : botanique, sociologique, économique.

Par ailleurs, pour les budgets de recherche et d’action, que ce soit pour les chercheurs, les administratifs ou les ONG, le Nkumu, plante menacée à moyen ou long terme, est en “concurrence” avec des espèces animales ou végétales emblématiques, menacées elles à court terme, et qui demandent des efforts conséquents maintenant !

Mais l’intérêt croissant pour les PFNL (Produits Forestiers Non Ligneux*) porte la promesse qu’il n’y ait plus une telle concurrence mais que ces sujets soient traités conjointement. Il existe des solutions faciles à mettre en place, et d’autres qui demanderont en effet du temps et des moyens, pour commencer à préserver cette plante garante d’une certaine sécurité alimentaire !

* PFNL : tous les biens et services, différents du bois d’oeuvre et ses dérivés, fournis par la forêt ou d’autres écosystèmes ayant des fonctions similaires tels que les jardins de case, les vergers villageois et d’autres systèmes agroforestiers.

Sources :
– enquête de terrain juin-juillet 2010
– Schippers, R.R. & Besong, M.T., 2004. Gnetum africanum Welw. [Internet] Fiche de Protabase. Grubben, G.J.H. & Denton, O.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas.
– “Le koko ou mfumbu”, sous la direction de F Mialoundama, édition l’Harmattan, collection Etudes Africaines

Des solutions

Si le Gnetum africanum est menacé en Afrique Centrale, il n’est pas souhaitable d’interdire sa récolte, même si certains pays ont dû s’y résoudre. En effet, c’est une source vitale de protéines pour certains africains, et la garante de l’équilibre alimentaire pour d’autres. Il est donc au contraire préférable de préserver ce qui existe, et de développer sa production. Voici quelques exemples de solutions pour préserver ce patrimoine végétal.

Tout d’abord, il serait bon d’encourager les récolteuses, venues des villes ou des villages, à pratiquer des méthodes de cueillette durables.

Certaines le font déjà spontanément, quand la transmission des gestes de mère en fille depuis des générations s’est faite dans le respect de l’environnement immédiat. Pour garantir la régénération de la plante, il faut d’une part éviter de déraciner la liane, d’autre part prélever uniquement les feuilles, et enfin, si possible, laisser sur la liane les jeunes feuilles, celles qui assurent la croissance.
Après une récolte raisonnée, de nouvelles pousses peuvent se développer là où la tige a été coupée ou là où les pousses latérales ont été enlevées. Des observations préliminaires indiquent qu’on peut effectuer 3–4 récoltes par an, permettant encore une repousse substantielle.

La deuxième solution pour préserver le Nkumu, qui demandera peut-être plus de temps à mettre en place, et qui pourtant est actuellement indispensable, est sa domestication et sa mise en culture.
Actuellement, des essais de domestication sont en cours. Le Cameroun a été pionnier dans ce domaine, mais chaque pays doit faire des essais pour voir ce qui conviendrait le mieux à son sol et à ses méthodes culturales.
Dans des essais au Cameroun, la multiplication par graines s’est révélée difficile car la graine ne germe pas facilement, et la germination prend un an ou plus. On suppose que les graines nécessitent un prétraitement, comme par exemple de traverser les intestins d’un oiseau ou d’autres animaux avant de germer. De plus, on ne trouve habituellement les graines que dans la canopée des arbres. La collecte des graines est loin d’être facile, autre raison pour laquelle le Nkumu n’est pratiquement pas cultivé. Le taux de réussite de la multiplication par graine est donc très bas.
Des méthodes de multiplication végétative utilisant des boutures de tiges feuillées ont récemment été mises au point. Des planches de pépinière situées à l’ombre et composées de sciure bien décomposée ou de sable fin de rivière peuvent être utilisées pour la multiplication. La bouture avec feuilles et surtout celles qui en ont deux ou trois conviennent le mieux. Un facteur de réussite du bouturage est la présence de feuilles assimilatrices sur la bouture.

Au Gabon, des essais sont en cours, et les chercheurs espèrent aboutir à la création d’un protocole de mise en culture d’ici la fin de l’année. Une fois ce protocole créé, il sera alors plus facile de le proposer et de le diffuser à la population.

Certains villageois ont déjà tenté de domestiquer le Nkumu. Par exemple, lorsqu’ils débroussaillent un coin de forêt pour créer une nouvelle plantation de manioc, ils vont conserver les jeunes lianes de Nkumu au sol, et leur fournir un support, en attendant de pouvoir se servir des plants de manioc comme tuteur pour permettre à la liane de grimper. Utiliser les plantations commerciales comme tuteur pour les lianes de Nkumu fera certainement partie du protocole à venir !

Pour la domestication de cette plante, les chercheurs insistent d’abord sur la maîtrise des modes de reproduction. Les programmes d’amélioration (sélection des espèces les plus robustes, surdimensionnement des surfaces foliaires, réduction du cycle de vie etc.) se dessineront par la suite. Pour de nombreux observateurs, les programmes d’amélioration n’auront même pas lieu d’être, puisque la variété de Gnetum qui sera plantée sera celle qui se trouvera à l’état sauvage à proximité du lieu de culture, afin de garder une cohérence dans l’écosystème, et de maintenir une bonne variabilité de l’espèce cultivée. Cette diversité permettrait d’éviter les problèmes qui se posent actuellement sur d’autres légumes cultivés. La diversité génétique rencontrée sur le terrain est considérable, et c’est une grande richesse pour chaque pays de pouvoir compter dessus. Là encore, les chercheurs des différents pays devraient coordonner leurs actions pour pouvoir constituer une base de données génétiques.

Cette coordination, et la création de groupes de travail, est d’ailleurs en cours. L’intérêt pour les PFNL (Produits Forestiers Non Ligneux*) a incité la FAO et d’autres organismes à commanditer des études sur les PFNL dont la valorisation aurait le meilleur impact pour les populations locales d’Afrique Centrale. Si le safou est arrivé en premier, le Gnetum est arrivé en deuxième. Cela garantit des retombées : crédits pour conduire des études, coordination des moyens d’actions, créations de comités d’experts, etc.
Cela permettra aussi d’inciter le gouvernement à mieux connaître et réguler le marché, tout en adoptant une réglementation juste sur la cueillette et la vente.
C’est une vraie bonne nouvelle pour la plante… et bien sur pour les populations qui la consomment et qui pourraient la cultiver !

Pour pouvoir diffuser l’information sur les méthodes de cueillette durable d’une part, et d’autre part sur les possibilités de mise en culture quand le protocole existera, il faudra s’appuyer sur les communautés villageoises. Les programmes de sensibilisation communautaires seront indispensables pour encourager la mise en pratique de ces connaissances, qui n’ont de valeur qu’appliquées sur le terrain. Cela demande un travail considérable, mais si toutes ces solutions sont bénéfiques à la plante, elles sont aussi bénéfiques à l’homme ! Réconcilier économie et écologie des espèces végétales permettra de garantir aux populations un accès continu au Nkumu pour leur propre alimentation, et la possibilité de pouvoir en tirer des revenus complémentaires sans mettre en péril la durabilité de la ressource.

D’ailleurs, dès que de nouvelles méthodes de multiplication et de culture auront été adoptées, il y aura des perspectives de développement pour le Nkumu comme nouvelle espèce cultivée. Il y a déjà une forte demande et il pourra être vendu à un prix attractif. Certaines personnes prévoient même de développer de nouveaux marchés, en observant l’émergence du commerce des aliments traditionnels transformés (conserves, surgelés,…). Un médecin conseillait même de mettre du Nkumu dans les petits pots pour bébé ! Ces nouvelles perspectives pourraient être intéressantes pour les producteurs installés dans les zones rurales qui verraient leur potentiel de vente augmenter. Ce qui inciterait d’autant plus de personnes à cultiver le Nkumu pour en tirer un revenu…
Le Pr Tabuna, qui a dirigé en 2000 une étude pour la FAO, concluait ainsi : “cette nouvelle “économie africaine”, basée sur l’exportation des PFNL et de tous les savoir-faire qui leurs sont associés, devrait répondre aux principaux défis actuels de l’Afrique subsaharienne (augmentation des revenus des paysans, création d’emplois, valorisation des produits locaux, valorisation des savoir-faire traditionnels, gestion de la biodiversité, protection de l’environnement, valorisation de l’économie “informelle”, etc.)”.

Un large éventail de mesures est donc proposé pour préserver la plante. Les chercheurs et experts sont en bonne voie pour mieux coordonner leurs actions et en faire bénéficier le reste de la population. Si le travail de terrain, et notamment les programmes communautaires qu’il sera souhaitable de mettre en place, promet d’être considérable, les perspectives sont larges et pourront bénéficier tant à la plante et à l’écosystème qu’aux hommes qui en profitent tous les jours…

* PFNL : tous les biens et services, différents du bois d’oeuvre et ses dérivés, fournis par la forêt ou d’autres écosystèmes ayant des fonctions similaires tels que les jardins de case, les vergers villageois et d’autres systèmes agroforestiers.

Sources :
– enquête de terrain juin-juillet 2010
– Schippers, R.R. & Besong, M.T., 2004. Gnetum africanum Welw. [Internet] Fiche de Protabase. Grubben, G.J.H. & Denton, O.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas.
– “Le koko ou mfumbu”, sous la direction de F Mialoundama, édition l’Harmattan, collection Etudes Africaines
– Evaluation des échanges des produits forestiers non ligneux entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe par Honoré TABUNA, rapport de la FAO, 2000

Libreville, 28 juillet 2010

Cette journée qui devait être consacrée à faire mon sac a été un peu plus animée. En me promenant sur le Bord de Mer (la plage qui borde Libreville), j’ai vu trois jeunes femmes qui dansaient, en costume. Elles se préparaient pour tourner un clip. Comme le cameraman était en retard, on a discuté, puis finalement j’ai dansé avec elles, et notamment avec “La Colombe”, la chanteuse-danseuse principale. Il s’agissait d’un clip à la gloire des Panthères du Gabon, l’équipe de foot locale. En tout cas c’était très dansant et sympathique, et nous avons bien ri. Les filles m’ont appris les pas de la chorégraphie et voulaient que je danse avec elles sur la vidéo, mais le cameraman avait vraiment trop de retard et il a bien fallu que je reparte…

Déjà… Je suis triste de partir, alors que j’ai tellement à apprendre auprès des personnes formidables rencontrées ici… Mais il est temps de rentrer, de faire la synthèse des informations, de retrouver la gestion quotidienne de l’association, et de me relancer dans tous les projets lancés pour l’Année Internationale de la Biodiversité !

Un immense Merci à toutes les personnes qui ont contribué à ce voyage de recherche, et notamment le Comité d’Entreprise de Natixis qui l’a rendu possible grâce à une subvention, les “colocs” Thomas, marine, Amandine, et Nathalie pour leur accueil et leur gentillesse, tous les Gabonais et Français qui ont participé, partagé leurs connaissances et qui vont faire en sorte que leur forêt et leurs plantes soit préservées !

Libreville, 27 juillet 2010

Dernier jour complet au Gabon. Il fallait donc bien que je me rende au marché artisanal prendre quelques souvenirs. Si les statuettes pygmées en terre cuite me laissent perplexe et m’attirent peu, les objets en bois locaux, avec la variété de couleurs et d’essences me plaisent vraiment. J’aurais bien aimé rapporter de grosses pièces, mais dans un sac à dos c’est un peu difficile. Je me suis donc contentée de petits souvenirs, faisant bien attention à ne pas choisir des espèces menacées !

L’après-midi, je suis passée au Centre Culturel Français, où j’ai pu rencontrer la Chargée de Mission pour lui présenter mon projet d’exposition, pour éventuellement une diffusion l’année prochaine ? Accessoirement j’ai abordé le sujet de Desirey le photographe, car il est connu ici. Rien de neuf de ce côté-là malheureusement.

Puis pour bien finir ma dernière journée, je suis passée à l’association Ebando. Entre autres discussions, j’ai raconté mes déboires avec Desirey, qui est aussi connu par tatayo. Alex, de l’association Palabres, m’a proposé de l’appeler avec son téléphone. Miracle, Desirey a décroché. Ce qui montre bien qu’il m’évitait moi mais qu’il était tout à fait joignable ! Il a dit à Alex qu’il m’enverrait les photos par mail. Pour le contrat et l’argent, aucune idée. J’aurais appris une chose en tout cas. Tout ce qui avait bien marché dans les autres pays, la confiance avec les photographes, les relations humaines, etc. ne fonctionne pas de la même manière au Gabon.

J’ai ensuite laissé tomber ce sujet car ce serait dommage de ne me concentrer que là-dessus pour la fin de mon séjour. Et il y a tellement de choses positives à dire sur le Gabon !

Libreville, 26 juillet 2010

Ce matin, il faisait beau. Comme je le disais, c’est rare de voir le soleil en saison sèche, mais cela arrive quelques fois et c’est bien agréable… Et pourtant, je me suis enfermée dans la salle d’enregistrement de Radio Sainte Marie. Une des plus importantes radio de Libreville. J’ai été interviewée pendant une heure sur le Nkumu, l’action de l’association, et l’environnement en général par Fabien, animateur de cette radio depuis son lancement il y a plus de dix ans. Malheureusement, l’émission sera diffusée vendredi prochain, et je serais déjà en France. Mais Fabien était enchanté par notre échange, étant assuré d’avoir de nombreuses réactions d’auditeurs. Dommage que je ne reste pas quelques jours de plus !

Dans l’après-midi, je suis allée à l’IPHAMETRA pour une dernière visite, notamment à Judi-Armel du réseau Prota. C’est quand même grâce à Prota que j’ai choisi le nkumu pour le projet de l’association. J’ai surtout passé du temps dans les embouteillages pour arriver à le voir. Les embouteillages sont de pire en pire à l’approche des fêtes du Cinquantenaire de l’Indépendance, le nombre de chantiers augmente, et il est très difficile de circuler, surtout quand les distances sont grandes et qu’à Libreville, pas d’autre choix que la voiture.

J’ai quand même réussi à arriver à temps en fin de journée pour voir Sœur Elva, une femme très attachante et joyeuse, que j’avais rencontrée la veille et qui voulait me donner un échantillon de Nkumu venant de Lambaréné. Elle avait tenté de le replanter dans son jardin une semaine auparavant. Elle m’a dit qu’elle retenterait avec un autre échantillon, mais qu’elle voulait absolument contribuer à ma recherche. On a pu discuter aussi pendant un bon moment avant que son devoir ne l’appelle. Une autre belle rencontre, pour le moins inattendue.

Enfin, j’ai terminé en essayant une nouvelle fois de rentrer en contact avec Desirey Minkoh, le photographe. Cette situation m’inquiète et m’attriste à la fois. Aucune nouvelle. Comment faire ?

Libreville, 24 juillet

Aujourd’hui n’a pas été une très bonne journée. Ce matin, je devais voir enfin Desirey, qui me l’avait promis. Comme il ne m’appelait pas, je lui ai téléphoné, et là il avait encore plein de bonnes excuses pour décaler le rendez-vous à cet après-midi. J’ai dû décaler mon autre rendez-vous de cet après-midi pour être sûre de le voir, à 16h30.
L’autre personne que je devais voir, un anthropologue travaillant pour le ministère de l’agriculture, et notamment pour organiser la “fête des cultures”, s’est bien déroulé, nous avons juste pris contact pour une éventuelle diffusion de l’exposition au Gabon quand elle sera prête.
Après, j’étais au Centre Culturel Français à 16h30, pour enfin voir Desirey. Une demi-heure plus tard, il n’était toujours pas là, et injoignable. Une heure après, j’étais vraiment en colère, d’autant plus qu’il m’a alors envoyé un texto disant qu’il était à Franceville, qu’il devait remplacer un autre photographe pour une sortie présidentielle, etc. Pourtant, en engageant Desirey pour la photo, comme il a fait ses études en France, je pensais éviter ce genre de comportement et travailler en bonne intelligence.
Je commence à être inquiète sur le sort des photos !!!
Bref, heureusement qu’un sympathique dîner m’a permis de me concentrer sur ma journée de demain qui promet elle d’être formidable.

Libreville, 23 juillet 2010

On me parlait depuis longtemps du marché ethnique d’Akébé, à Libreville, avec ses coupeuses et vendeuses de nkumu.
Il ne me reste que peu de temps avant le départ, alors j’ai décidé d’y consacrer la matinée. En fait c’est le transport qui a pris le plus de temps, parce qu’une fois sur place, j’étais un peu déçue. Il n’y avait que quelques étals, et effectivement des vendeuses de nkumu, mais je m’attendais à quelque chose de plus impressionnant. Elles étaient par contre tout à fait accueillantes et gentilles. Je leur ai demandé quelques feuilles pour compléter ma collection, et puis quelques renseignements qu’elles m’ont donnés, mais à part de dire qu’elles venaient du Haut Ogooué et que les feuilles venaient de Libreville, pas grand-chose à apprendre. Dommage. C’était tout de même bien d’y avoir été pour ne pas regretter par la suite !

L’après-midi, Desirey le photographe m’a encore fait faux bond. Cela fait plusieurs jours que je dois le voir, et notamment hier et aujourd’hui, et pendant que j’attends il fait trainer puis annule. J’espère qu’au final les photos seront bonnes parce que perdre des demi-journées pour rien à quelques jours du départ, c’est assez déplaisant. Mais c’est toujours l’Afrique, et jusqu’au dernier moment il faudra bien que je compose aussi avec ces aspects moins sympathiques de la culture locale.

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